Ces dernières semaines, la Russie semble s’inquiéter de plus en plus de l’évolution de la situation autour de l’Arménie. S’il est raisonnable de supposer que les dirigeants russes ont reçu du gouvernement arménien l’assurance que l’Arménie n’a pas l’intention d’adhérer à l’Union européenne, Moscou semble toutefois de plus en plus sceptique quant à ces assurances.
Les responsables russes comprennent très bien que l’adhésion à l’UE n’est pas un processus unilatéral. Il s’agit d’un engagement à long terme qui exige un engagement tant de la part d’Erevan que de Bruxelles. Néanmoins, Moscou est manifestement irritée par ce qu’elle perçoit comme une volonté de l’Arménie de chercher des occasions de modifier son orientation géopolitique.
La Russie s’inquiète également de l’intensification des activités de l’Union européenne et des États-Unis dans le Caucase du Sud, et plus particulièrement en Arménie. Alors que les États-Unis poursuivent leurs propres intérêts nationaux, Moscou estime que l’UE tente de plus en plus d’entraîner l’Arménie dans un cadre politique anti-russe. Une telle orientation ne sert ni les intérêts nationaux de l’Arménie, ni même ceux de son gouvernement actuel.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les intérêts de l’État arménien et ceux du gouvernement arménien ne sont pas toujours identiques. Pour l’Arménie, rompre brusquement ses liens avec la Russie et couper tout pont pourrait entraîner des risques considérables sur les plans sécuritaire et économique. Pour le gouvernement arménien, en revanche, une telle décision pourrait également affaiblir sa position politique tant sur le plan national qu’international. Il est donc peu probable que les autorités prennent une mesure aussi radicale.
Les dirigeants arméniens semblent s’efforcer de concilier les intérêts de l’Europe et ceux de la Russie, en évitant toute action susceptible de menacer directement les intérêts vitaux de l’une ou l’autre partie. Cependant, Moscou se montre de plus en plus préoccupée par le fait que l’Arménie tente de jouer sur deux tableaux, une position que la Russie juge inacceptable et qu’elle exprime de plus en plus ouvertement.
Un message clair à Erevan
En substance, Moscou envoie un message clair à Erevan : si l’Arménie choisit de s’orienter vers l’Union européenne, la Russie commencera à la traiter à peu près de la même manière qu’elle traite l’UE elle-même, c’est-à-dire comme un adversaire.
Il convient de souligner une fois encore que l’Arménie a encore un très long chemin à parcourir avant que son adhésion à l’UE ne devienne une possibilité réaliste. Néanmoins, Moscou pourrait décider de ne pas attendre que ce processus ait considérablement progressé et pourrait, au contraire, commencer à prendre des mesures préventives à un stade plus précoce afin de décourager une telle évolution.
Ces tensions sont encore exacerbées par les déclarations émanant de l’Union européenne, qui suggèrent que l’Arménie devrait réduire progressivement sa dépendance vis-à-vis de l’influence russe. Une telle rhétorique ne fait qu’ajouter au malaise croissant qui règne à Moscou quant à l’orientation géopolitique future de l’Arménie.
Moscou prend très au sérieux tout ce qui concerne l’Union européenne et la perspective de son élargissement futur. Cela se comprend, compte tenu du caractère de plus en plus hostile des relations entre la Russie et l’UE.
Dans le même temps, on peut également comprendre la nécessité pour l’Arménie d’approfondir ses liens avec l’Union européenne et de diversifier sa politique étrangère. Des efforts visant à diversifier les relations extérieures de l’Arménie ont été entrepris sous tous les gouvernements arméniens précédents et ont généralement donné des résultats positifs.
Cependant, la situation actuelle est fondamentalement différente. La Russie déclare désormais ouvertement qu’elle est engagée dans une confrontation directe avec l’Union européenne sur le front ukrainien, ce qui rend toutes les parties concernées bien plus sensibles à l’évolution de la situation que par le passé. C’est précisément dans ce contexte tendu que l’Arménie et l’UE tentent d’approfondir leurs relations, tandis que les acteurs européens apportent un soutien politique direct au Premier ministre Nikol Pashinyan. Naturellement, Moscou perçoit ces développements d’un mauvais œil.
En conséquence, l’Arménie pourrait se retrouver soumise à une pression croissante l’obligeant à choisir entre des pôles de pouvoir géopolitiques rivaux. Or, l’Arménie n’est pas en mesure de faire un tel choix à ce stade, car toute initiative décisive en faveur d’un camp serait probablement interprétée comme un acte hostile par l’autre.
Par conséquent, la situation actuelle exige de l’Arménie qu’elle fasse preuve d’une grande prudence, de patience et de retenue stratégique. Il pourrait s’avérer essentiel d’éviter toute action touchant aux questions les plus sensibles pour l’une ou l’autre des parties, car des faux pas dans un contexte géopolitique aussi complexe pourraient entraîner des conséquences graves et potentiellement de grande envergure.


