Donald Trump a réalisé mon rêve

par | 22 Juin 2026 | Tribunes libres

Donald Trump a réalisé mon rêve : que Israël paie pour ses actes

 

Parfois, les rêves deviennent réalité. Pendant des années, d’autres dinosaures et moi-même avons rêvé que la pression internationale et les sanctions seraient le dernier moyen de sortir de ce bourbier. Je savais bien que les Israéliens ne se réveilleraient jamais un matin en disant : « Mettons fin à tout ça – à l’occupation, à l’apartheid, à la domination d’un autre peuple – parce que c’est odieux. »

 

Je savais tout simplement que cela n’arriverait pas. Je pensais que ce qui avait fait des merveilles contre le premier régime d’apartheid, celui de l’Afrique du Sud – les sanctions, l’ostracisme et les boycotts internationaux qui avaient conduit à sa chute –, fonctionnerait également contre le deuxième régime d’apartheid, celui pratiqué en Israël.

Je savais également que la clé de tout changement d’attitude de la communauté internationale envers Israël se trouvait à Washington. Sans cela, aucune pression internationale efficace ne pourrait s’exercer sur Israël. J’ai pensé à un président américain éclairé et courageux, tel que Barack Obama, qui mettrait fin aux relations corrompues et faussées entre son pays et Israël.

Je rêvais du moment où les Israéliens seraient contraints de reconnaître qu’il était impossible de continuer ainsi, avec une arrogance incroyable envers les États-Unis et un mépris flagrant pour le monde entier, sans en payer le prix.

Ce moment est en train de poindre. Ce n’est pas un président libéral, mais bien le plus obscurantiste de tous les présidents américains qui fait la leçon de morale à Israël, comme s’il était René Cassin, ce juriste juif français qui a participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le vice-président, plus conservateur que le commandant en chef, lance des avertissements sans précédent. Leurs arguments sont évidents, leur logique solide : il n’est pas nécessaire de raser un immeuble entier sous prétexte qu’un militant du Hezbollah pourrait s’y trouver ; il n’est pas judicieux de s’en prendre au président américain, le dernier ami d’Israël dans le monde ; la Syrie ferait un meilleur travail au Liban qu’Israël ; les deux tiers des armes et des munitions qui protègent Israël sont fabriquées et financées par les États-Unis : la voix de la raison venue de Washington.

On peut raisonnablement supposer que ces propos virulents ne resteront pas au stade de la rhétorique ; ils seront suivis d’actes concrets. Un gouvernement aussi soucieux de lui-même et de son honneur ne va pas essuyer la salive sur son visage en prétendant qu’il pleut.

Au-delà du sentiment d’amertume, justifié ou non, lié au fait qu’Israël ait entraîné la superpuissance dans une guerre qui s’est soldée par un échec, une nouvelle aube se lèvera sur les relations entre les deux pays – une aube froide et nuageuse. Les élections américaines n’y changeront rien non plus. Il n’y aura plus à la Maison Blanche d’« ami d’Israël », quelqu’un qui estime qu’il faut tout donner à Israël, sans condition.

Vendredi, un homme est assis au sommet d'une colline, près de bâtiments détruits ou fortement endommagés, dans le camp de réfugiés palestiniens de Nuseirat, situé au centre de la bande de Gaza. Crédit : AFP/EYAD BABA

Il est impossible de s’en réjouir. D’un côté, c’est la dernière chance de redresser la situation. De l’autre, c’est un coup dur pour Israël et les Israéliens. Le plus grand danger qui pèse sur l’État, plus grand encore que toute menace iranienne, se dessine sous nos yeux stupéfaits.

Lorsque Washington donnera le signal, l’Europe se joindra elle aussi avec enthousiasme. Elle n’attend que le feu vert. Il est difficile d’imaginer comment Israël pourrait s’en sortir sans le reste du monde. Le monde le détestera, comme il a détesté d’autres États parias. C’est effrayant et cela sera douloureux. Mais c’est notre dernier espoir.

Il faut donc être reconnaissant envers le président Donald Trump d’avoir remplacé les discours creux et vides de sens prononcés par tous ses prédécesseurs libéraux et d’avoir opéré un changement politique révolutionnaire.

Fini l’aide insensée et sans conditions ; désormais, chaque dollar et chaque missile seront assortis d’une condition. Soit vous vous comportez correctement, soit vous en payez le prix. Vous ne pouvez plus agir à votre guise : assassiner, maltraiter, bafouer la souveraineté nationale et le droit international en toute impunité. Dans un tel contexte, Israël ne pourra plus continuer à faire fi de la communauté internationale, pour laquelle il n’existe pas de cause plus fédératrice que l’opposition à l’occupation.

Qu’il le veuille ou non, Israël devra en tenir compte. Les premières fissures sont déjà apparues, et de quelle manière ! Un accord conclu avec l’Iran en ignorant totalement Israël, qui, pendant des années, a lui-même ignoré les États-Unis et le monde entier.

Ce n’est qu’un début : un monde horrifié par les agissements d’Israël dans la bande de Gaza exigera des comptes. Un État génocidaire ne peut plus être la coqueluche du monde occidental. Un État dont les citoyens se livrent quotidiennement à des pogroms, avec la complicité de son armée, n’aura pas sa place au sein de la communauté internationale. Le rêve commence à devenir réalité. Ce sera un cauchemar.

Source :

https://www.haaretz.com

Traduit de l’anglais par Jean Dorian