Quels sont les obstacles à la mise en œuvre du projet TRIPP ?

par | 10 Août 2026 | Tribunes libres

Le projet TRIPP, ses perspectives de construction, les défis potentiels, les calendriers envisageables, ainsi que les enjeux politiques et économiques qui l’entourent, continuent de retenir toute l’attention des milieux politiques, économiques et spécialisés arméniens. Cependant, la question la plus importante de tout ce débat reste la suivante : quelles conditions, quels processus et quels acteurs régionaux pourraient entraver la mise en œuvre du projet TRIPP ?

 

TRIPP n’est pas simplement un projet commercial. Il pourrait devenir une présence américaine d’importance stratégique dans le Caucase du Sud, reliant non seulement l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mais aussi, potentiellement, l’Asie centrale à l’Europe grâce à une chaîne logistique intégrée, comprenant des itinéraires traversant les territoires de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Une telle évolution transformerait en profondeur l’architecture logistique du Caucase du Sud, de l’Asie centrale et de l’Europe.

L’administration Trump en est parfaitement consciente, tout comme les acteurs régionaux tels que la Russie et l’Iran, pour qui toute forme de présence stratégique américaine à proximité de leurs frontières ou dans les régions voisines va à l’encontre de leurs intérêts. Dans cette optique, tout a été mis en œuvre pour empêcher Washington de s’implanter stratégiquement dans le Caucase du Sud.

Il est évident que tant que le conflit entre les États-Unis et l’Iran se poursuivra, et que les deux parties échangeront des frappes de missiles non seulement contre des cibles militaires stratégiques, mais aussi, hypothétiquement, contre des projets stratégiques sur le plan économique liés aux États-Unis dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient, TRIPP — s’il avait déjà existé à ce stade — serait probablement devenu l’une des principales cibles de l’Iran.

Dans cette optique, il est important que le projet TRIPP n’existe pas encore, et il est tout aussi important que ce projet ne soit mis en œuvre qu’à un stade où, au minimum, les questions liées à une confrontation militaire directe entre les États-Unis et l’Iran auront été résolues ou écartées. L’Iran s’efforce depuis longtemps d’entraver la mise en œuvre de ce projet. Même si les hostilités militaires actives entre les États-Unis et l’Iran venaient à prendre fin, cette question continuerait probablement de se poser dans le cadre plus large de la rivalité stratégique et militaire entre les deux parties.

Il existe également des enjeux liés aux intérêts russes, qui ne découlent pas de la présence militaire de la Russie, mais de sa présence économique dans le Caucase du Sud. Le principal enjeu concerne les Chemins de fer russes et le réseau ferroviaire arménien, dont la gestion a été confiée à la Russie. Les Chemins de fer russes agissent notamment en tant qu’opérateur concessionnaire de la société « Chemins de fer du Caucase du Sud » en Arménie.

Il y a quelques jours, lors d’une interview, le PDG des Chemins de fer russes, Oleg Belozyorov, a déclaré que les Chemins de fer russes (RZD) respectaient pleinement toutes les obligations qu’ils avaient contractées dans le cadre de l’accord de concession signé avec l’Arménie.

M. Belozyorov a également souligné que la Compagnie des chemins de fer du Caucase du Sud est l’un des employeurs les plus importants et les plus significatifs d’Arménie. Selon lui, le volume total des investissements réalisés entre 2008 et 2025, financés par les ressources des Chemins de fer russes (RZD) et par les recettes propres de la société, s’est élevé à environ 396,3 millions de dollars américains.

Ce chiffre pourrait correspondre au montant que la Russie pourrait exiger de l’Arménie à titre d’indemnisation si celle-ci décidait de reprendre à son compte la gestion concessionnaire du chemin de fer, jusqu’alors assurée par la Russie. Une telle exigence représenterait une charge financière considérable pour l’Arménie.

Le problème ici n’est peut-être pas que la Russie souhaite renoncer à la gestion de la concession, mais plutôt qu’elle cherche à obtenir en échange une forme de participation au projet TRIPP. En effet, la mise en œuvre de ce projet réduirait considérablement l’influence de la Russie dans le Caucase du Sud, et Moscou en est parfaitement consciente.

Plusieurs économistes estiment que ce projet revêt une importance pour l’Arménie non pas tant d’un point de vue économique que, surtout, d’un point de vue stratégique — notamment en ce qui concerne l’accès de l’Arménie au monde extérieur. Cela inclut la possibilité de tirer parti de l’ouverture éventuelle des frontières entre l’Arménie et la Turquie, ainsi qu’entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ce qui pourrait avoir un impact significatif sur la structure économique de la République d’Arménie.

Nous en arrivons une nouvelle fois à la conclusion que le projet TRIPP n’est pas tant une initiative commerciale qu’un projet susceptible d’avoir une importance stratégique pour la présence régionale des États-Unis et pour la transformation de l’ensemble de l’architecture logistique de la région du Caucase du Sud.

Source :

What Currently Prevents the Implementation of the TRIPP Project?

Traduit de l’anglais par Jean Dorian