Influences étrangères et forces politiques en Arménie

par | 27 Mai 2026 | Analyses, Tribunes libres

À l’approche des élections en Arménie, le débat politique est de plus en plus marqué par des discussions visant à déterminer si les différentes forces politiques sont sous l’influence de divers centres politiques extérieurs. Il s’agit, en quelque sorte, d’un phénomène naturel et prévisible, car dans tout pays, en particulier dans les petits États, les acteurs mondiaux ont toujours des intérêts, et ces intérêts s’expriment souvent par l’intermédiaire de forces politiques locales qui s’alignent sur leurs programmes.

 

En conséquence, un débat assez vif a éclaté ces derniers jours pour déterminer quelles forces politiques en Arménie sont considérées comme pro-russes et lesquelles sont pro-occidentales. Ces classifications servent souvent à influencer l’opinion publique et à orienter les choix des électeurs dans une certaine direction.

Par exemple, le parti au pouvoir souligne parfois que certaines forces d’opposition entretiennent des liens plus étroits avec la Russie ou subissent son influence, tout en présentant sa propre ligne politique comme plus pro-européenne et tournée vers l’intégration avec l’Occident. À l’inverse, l’opposition avance souvent des arguments similaires, mais dans le sens inverse, en accusant les autorités de dépendre excessivement de différentes puissances étrangères ou de servir des intérêts étrangers.

En réalité, ce genre d’étiquetage est un outil courant de la communication politique, mais il ne donne pas toujours une image complète ou objective des positions réelles de chaque force politique en matière de politique étrangère. En conséquence, certaines perceptions se sont effectivement formées parmi les électeurs arméniens, et les autorités ont réussi à faire passer l’idée selon laquelle, en cas de défaite, l’Arménie deviendrait un vilayet russe. L’opposition avance le discours selon lequel, en cas de réélection du parti au pouvoir, l’Arménie deviendrait un vilayet turc.

Cependant, la réalité n’est bien sûr pas aussi simple qu’on le laisse entendre. La responsabilité principale incombe ici aux autorités, car c’est en fin de compte au gouvernement qu’il revient de créer un climat d’unité nationale et de tolérance, ce qui, dans le cas de l’Arménie, fait actuellement défaut.

Quant à l’opposition, elle n’a pas su, ces dernières années, établir un dialogue constructif avec les autorités et les forces politiques de l’Union européenne et des États-Unis. De ce fait, elle ne bénéficie pratiquement d’aucun soutien de la part de l’UE et des acteurs occidentaux. Cette situation est, d’une manière générale, imputable à l’opposition, et il n’est pas nécessaire d’approfondir davantage cette question.

Il est extrêmement important de comprendre comment les autorités se positionnent en tant que force politique pro-occidentale, tournée vers l’Europe, soutenant l’intégration européenne et l’approfondissement des relations avec l’Europe, tout en accusant périodiquement la Russie de mener une guerre hybride contre l’Arménie et ses autorités. Cependant, la réalité est que, depuis 2018, les autorités arméniennes n’ont pris aucune mesure sérieuse susceptible de porter atteinte aux intérêts vitaux de la Russie dans le Caucase du Sud et en Arménie, ni de nuire à la Russie.

Ils ne se sont pas véritablement éloignés de l’Union économique eurasienne (UEE) ni de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Une base militaire russe est toujours présente en Arménie. La centrale nucléaire arménienne, placée sous contrôle russe, continue de fonctionner en Arménie. La Russie reste le premier partenaire commercial de l’Arménie, et le chiffre d’affaires commercial atteint plusieurs milliards de dollars par an. Parallèlement, la Russie abrite la plus grande diaspora arménienne au monde, dont la population est presque équivalente à celle de l’Arménie aujourd’hui.

En conséquence, l’espoir que l’objectif premier de l’Arménie soit de se détacher de l’influence russe et de se tourner vers l’Europe est, pour le moins, en décalage avec la réalité, et une telle évolution ne peut avoir lieu compte tenu des circonstances susmentionnées. Les discours introduits dans le débat politique national par les autorités, selon lesquels elles seraient une force pro-européenne menant l’Arménie vers l’Europe et qu’un référendum sur l’adhésion à l’Union européenne serait organisé en Arménie, sont, du moins à ce stade, surprenants, car ils n’ont actuellement aucune possibilité, ni théorique ni pratique, d’être mis en œuvre.

Par conséquent, ces débats sur la scène politique nationale sont fallacieux. Ils ne correspondent pas à la réalité et constituent donc une tentative visant à induire le public en erreur pendant la période préélectorale, dans le but de poursuivre la reproduction du pouvoir politique pour les cinq prochaines années.

Source :

Foreign Influence and Political Forces in Armenia

Traduit de l’anglais par Jean Dorian