Ces derniers jours, les principaux sujets de débat dans la sphère politique arménienne ont été les accords conclus entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sous la médiation des États-Unis, le premier anniversaire de ces accords, ainsi que l’entretien téléphonique entre le Premier ministre arménien et les présidents des États-Unis et de l’Azerbaïdjan.
En effet, l’administration Trump a réalisé dans le Caucase du Sud ce qu’aucune administration américaine précédente n’avait réussi à accomplir depuis 1991. Il s’agit du projet de relier l’Asie centrale à l’Europe via le Caucase du Sud et le « Corridor central », ainsi que de la perspective d’intégrer l’Arménie dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Cette initiative revêt une importance stratégique pour Washington, car elle permet de créer des voies de transport et de communication ininterrompues qui contournent la Russie, la Chine et l’Iran. Le concept en lui-même n’est pas nouveau, mais il n’avait jamais atteint auparavant ce stade de mise en œuvre.
Il est évident que le calendrier est ici un facteur déterminant et que le projet doit être mis en œuvre le plus rapidement possible. C’est précisément pour cette raison que le rôle de l’administration fédérale à Washington a été considérablement réduit dans ce processus. Tout est mis en œuvre pour garantir que le projet soit lancé dans les meilleurs délais et qu’aucun obstacle supplémentaire ne surgisse au sein du système administratif de Washington susceptible d’affecter le calendrier de mise en œuvre.
Cela vaut tant pour le Département d’État, où les processus décisionnels peuvent souvent être lents, que pour le Conseil national de sécurité, où l’élaboration des décisions et des scénarios stratégiques peut également prendre un temps considérable. À l’heure actuelle, ces obstacles n’existent pratiquement pas. Ces deux institutions concurrentes sont dirigées par Rubio et, du moins dans le cadre de ce projet, les décisions semblent être prises assez rapidement.
Il est également important d’évoquer la nomination de Konstantin Sokolov, qui a donné lieu à des interprétations très diverses. Sa nomination doit être replacée dans ce même cadre stratégique. M. Sokolov connaît très bien l’environnement des affaires en Arménie, tant ses atouts que ses faiblesses. Plus important encore, sa nomination s’inscrit également dans la logique plus large de réduction de la bureaucratie. Il entretient des liens directs avec des personnalités clés de l’administration Trump et, dans le cadre de la mise en œuvre de la « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP) et du projet plus vaste, il bénéficiera du soutien immédiat et inconditionnel de l’administration.
À l’heure actuelle, les principaux facteurs qui compliquent la mise en œuvre du projet TRIPP sont la question ferroviaire et les relations tendues entre les États-Unis et l’Iran. TRIPP est le projet stratégique américain situé le plus près de la frontière iranienne, avec toutes les implications que cela comporte. Cela pourrait susciter certaines inquiétudes du côté américain, en particulier dans le contexte actuel de tensions accrues, et risquerait de ralentir la mise en œuvre du projet.
Dans le même temps, il est nécessaire de comprendre ce qui pourrait se passer si le projet TRIPP ne voyait pas le jour, pour diverses raisons pouvant dépendre des réalités de notre région, d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran, de la situation politique intérieure aux États-Unis et d’autres facteurs. Qu’adviendra-t-il de l’Arménie si le projet TRIPP n’est pas mis en œuvre ?
L’Azerbaïdjan a déclaré à plusieurs reprises que, quoi qu’il arrive, il souhaitait disposer de sa propre liaison avec le Nakhitchevan, et que l’Arménie devait lui fournir un corridor permettant d’établir cette liaison, faute de quoi l’initiative américaine ne pourrait pas être mise en œuvre.
Le deuxième scénario envisageable est que la Russie tente de jouer le rôle de médiateur dans ce processus, en s’appuyant sur la déclaration trilatérale du 9 novembre 2020, selon laquelle la Russie s’est engagée à garantir la liaison entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan via le territoire arménien et à en assurer la sécurité.
Bien sûr, d’autres médiateurs pourraient également se présenter — des pays capables d’exercer une influence tant sur l’Azerbaïdjan que sur l’Arménie. Par exemple, la Turquie ou la Chine pourraient chercher à jouer le rôle de médiateurs et à mettre en œuvre elles-mêmes le projet si, pour une raison quelconque, les États-Unis se trouvaient dans l’impossibilité de le faire à court terme.
Dans l’ensemble, il semble que Washington soit désireux de faire avancer le projet aussi rapidement que possible et dans les délais les plus courts possibles.
La logique est claire : l’administration Trump souhaite voir ce projet se concrétiser tant que l’Iran et la Russie restent accaparés par leurs propres défis, et tant que Donald Trump est encore président des États-Unis. C’est pourquoi Washington va très probablement redoubler d’efforts et consacrer encore davantage de ressources à la mise en œuvre de ce projet. Il est probable que, dans la période à venir, des signes évidents d’une intensification de l’activité américaine apparaissent, accompagnés d’un effort plus concerté pour mener ce projet à bien.


