La défaite d’Israël en Iran n’est pas un désastre…

par | 19 Juin 2026 | Tribunes libres

La défaite d’Israël en Iran n’est pas un désastre : c’est l’occasion de faire face à la vérité

 

La guerre en Iran a révélé la vérité à Israël. Son armée, soi-disant toute-puissante, n’a rien accompli de significatif, si ce n’est sa propre ruine politique. Tout pays rationnel en tirerait la même conclusion : il faut cesser de vivre par l’épée et uniquement par l’épée.

 

Le refrain, tant à droite qu’à « gauche » (sans compter le Premier ministre Benjamin Netanyahou) : une défaite israélienne, un désastre diplomatique, Trump nous a tourné le dos et Steven Witkoff est un « Jewboy ». La nation déplore une calamité, une défaite et un quasi-Holocauste.

Les Bennett s’empressent de réagir et promettent de remédier à la situation. Ils rétabliront les relations avec les États-Unis et renverront Israël sur les champs de bataille pour achever la tâche. Telle est leur seule promesse en cette journée particulièrement propice.

Mais ce n’est ni une catastrophe ni un Holocauste. Au cours de la guerre contre l’Iran, Israël a traversé ce que les psychologues appellent un « test de réalité », au cours duquel la vérité lui a été révélée. Et cela pourrait bien être l’évolution la plus positive de ces dernières années, à condition que le pays en tire les bonnes conclusions. Ce soi-disant désastre pourrait bien se transformer en une opportunité historique.

Lors d’une de ses précédentes catastrophes, celle de 1973, Israël avait su en tirer les leçons et ouvrir un nouveau chapitre révolutionnaire de son histoire : celui de la paix. Le fiasco avec l’Iran nous oblige aujourd’hui à reprendre nos esprits une seconde fois, mais pour l’instant, personne n’est en mesure de mener cette réorientation.

Un peu de réalisme : un petit pays de 10 millions d’habitants ne peut pas se battre contre le monde entier, même si nous sommes les fils du peuple élu, qui sait tout et fait tout mieux que les autres. Israël ne peut pas renverser des régimes, ni dans la lointaine Téhéran, ni dans la proche Gaza, ni même à Ramallah, juste à côté. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas ; même les États-Unis n’y parviennent pas.

Elle ne peut pas forcer les organisations à déposer les armes ni éradiquer les convictions politiques du cœur des gens. L’époque où les États-Unis étaient à notre merci est révolue. Reconnaître cette réalité nous offre l’occasion, au milieu de cette succession de guerres récentes, de faire le point : l’armée soi-disant toute-puissante de ce pays n’a réussi à obtenir aucun résultat significatif, si ce n’est la ruine politique.

Tout pays rationnel en tirerait la même conclusion : il faut cesser de vivre par l’épée et uniquement par l’épée. L’histoire récente en a apporté suffisamment de preuves. Peut-être que toutes ces guerres futiles étaient nécessaires pour nous ouvrir les yeux et nous faire comprendre qu’aucune guerre choisie par Israël ne s’est jamais bien terminée.

Il ne reste que peu de temps pour parvenir à cette conclusion. Retirez les troupes de tout le Liban, avant qu’elles ne déclenchent une nouvelle guerre inutile contre l’Iran. Mettez immédiatement un terme à la folie qui sévit en Cisjordanie, avant qu’elle ne se retourne elle aussi contre nous. Accordez un peu de répit à l’armée et à l’armée de l’air, laissez-les respirer. Laissez les soldats profiter de leurs réductions militaires et déjeuner dans les fast-foods de la rue Ibn Gvirol à Tel-Aviv.

Libérez les milliers d’otages palestiniens qui croupissent dans les prisons du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et commencez à vous comporter comme des êtres humains envers les Palestiniens, avant que le monde ne nous y oblige. Et décidez de la direction que nous voulons prendre, de ce que nous voulons : deux États, un seul État démocratique ou un seul État d’apartheid suicidaire. Il n’y a pas de quatrième option et il n’y en aura jamais.

Source :

https://www.haaretz.com

Traduit de l’anglais par Jean Dorian