L’Arménie est-elle contrainte de choisir entre l’Occident et la Russie ?

par | 23 Juil 2026 | Tribunes libres

Dans des articles précédents, j’ai déjà abordé la question du fait que l’Arménie s’est toujours efforcée d’entretenir des relations multidirectionnelles tant avec la Russie qu’avec l’Occident, sans avoir à choisir entre les deux. Cette approche diplomatique a fonctionné pendant de nombreuses années, et son succès tient non seulement aux efforts diplomatiques de l’Arménie, mais aussi au simple fait que les relations entre la Russie et l’Occident n’avaient jamais été aussi tendues et hostiles qu’aujourd’hui.

 

Non seulement l’Arménie, mais aussi des dizaines d’autres pays ont su tirer parti de cette opportunité et ont cherché à ne s’aliéner ni l’Occident ni la Russie, en s’efforçant de ne pas privilégier une puissance mondiale au détriment de l’autre ni de rompre leurs relations avec l’une ou l’autre partie. Bien sûr, il y a eu quelques exceptions. Certains pays ont fait ce choix et ont commencé à rencontrer des difficultés, sous la forme de sanctions occidentales ou de pressions diverses de la part de la Russie. Néanmoins, tous les autres pays ont réussi à éviter d’avoir à faire un tel choix.

Aujourd’hui, cependant, la situation est fondamentalement différente de celle qui prévalait dans le monde de l’après-guerre froide.

Une question tout à fait légitime se pose alors : l’un ou l’autre des deux pôles de pouvoir opposés contraint-il l’Arménie, ainsi qu’un certain nombre d’autres pays se trouvant dans une situation similaire, à faire un choix définitif en faveur de l’un ou de l’autre de ces axes ?

En d’autres termes, la Russie contraint-elle l’Arménie à prendre une décision définitive ? Et l’Occident exerce-t-il lui aussi des pressions sur l’Arménie pour qu’elle fasse un choix définitif et rompe définitivement ses liens avec l’autre camp ?

Faire un tel choix serait extrêmement difficile, risqué et problématique pour l’Arménie. Quelle que soit la voie que l’Arménie choisira finalement d’emprunter, tant une détérioration significative de ses relations avec la Russie qu’une rupture majeure avec l’Europe constitueraient de sérieux défis.

Il est donc d’une importance capitale pour l’Arménie de mener une politique étrangère équilibrée. Si l’Arménie est effectivement contrainte de faire un tel choix, la décision sera extrêmement difficile, compte tenu de la multitude de facteurs à prendre en compte. Les approches de l’Occident et de la Russie à l’égard de l’Arménie se traduisent également de manière très différente. Alors que l’Occident tente d’encourager l’Arménie par le biais d’investissements, de flux financiers, de projets tels que le TRIPP, du programme de paix, d’une aide financière et d’autres instruments, la Russie suit une voie tout à fait différente.

La Russie tente d’exercer des pressions sur l’Arménie, notamment dans le domaine économique. Le fait que le président russe n’ait pas félicité le Premier ministre arménien et son parti politique pour leur victoire peut également être considéré comme un geste politique. Un autre signal politique réside dans le fait que le Premier ministre arménien et le président russe n’ont toujours pas eu de contact depuis les élections qui se sont tenues en Arménie. Cela peut laisser penser que soit la Russie dispose d’informations sur la voie choisie par l’Arménie, soit elle part du principe que l’Arménie a déjà pris sa décision.

Bien sûr, l’Arménie a le droit de définir de manière indépendante sa politique étrangère et de fixer ses priorités en la matière, et elle devrait naturellement exercer ce droit.

Je pense qu’il serait bien plus naturel pour l’Arménie d’entretenir et d’approfondir ses relations de manière équilibrée avec les deux pôles, ce qui pourrait apporter des avantages économiques au pays. Néanmoins, si l’Arménie doit faire un choix, celui-ci devrait être fondé sur ses intérêts nationaux, plutôt que d’être le résultat de pressions exercées par des acteurs mondiaux.

En d’autres termes, l’Arménie devrait s’efforcer de résister à toutes les formes de pression, procéder à des analyses pragmatiques et prendre une décision politique claire — une décision qui devrait être définitive.

Si l’Arménie décide de se tourner vers l’Occident, cela entraînera naturellement un affaiblissement de ses relations avec la Russie, notamment dans les domaines économique, politique et militaire.

Si l’Arménie estime, en toute certitude, qu’elle ne rencontrera pas de problèmes majeurs pour transformer sa structure économique et se réorienter vers l’Europe, alors cela pourrait bien sûr constituer une bonne occasion pour elle de se rapprocher de la famille européenne.

Contrairement à de nombreux pays qui ont été confrontés à de tels défis lorsqu’ils ont dû choisir entre la Russie et l’Occident, l’Arménie ne partage pas de frontière commune avec la Russie. Du point de vue de la sécurité, cela confère à l’Arménie certains avantages — ce qui ne peut pas être dit de la même manière de la Géorgie et de l’Ukraine. Par conséquent, ce risque particulier ne semble pas exister en Arménie pour le moment. Il est toutefois extrêmement important de garder à l’esprit qu’il s’agit d’une rivalité et qu’en fin de compte, l’une des deux parties en lice l’emportera. L’autre partie prendra alors des mesures en fonction de l’issue de cette rivalité et de ses propres intérêts en tant que partie perdante.

L’Arménie doit également se préparer pleinement à un tel scénario. Quoi qu’il en soit, si l’Arménie se voyait confrontée à une telle exigence de faire un choix, cette décision pourrait devoir être prise dans un délai relativement court, et l’Arménie doit être prête à faire tout choix qui pourrait s’imposer. Je ne serais pas surpris que l’Arménie opte pour une orientation particulière, car je comprends que tout choix apportera à la fois de nouvelles opportunités et de nouveaux défis.

En termes d’opportunités, bien entendu, l’Occident offrirait des perspectives bien plus vastes, puisque l’Arménie n’a jamais été intégrée à l’Occident de manière significative, contrairement à son intégration avec la Russie sur les plans économique, militaire et stratégique.

Source :

Is Armenia Being Forced to Choose Between the West and Russia?

Traduit de l’anglais par Jean Dorian