Rencontre entre Poutine et Pachinyan

par | 7 Sep 2026 | Tribunes libres

Rencontre entre Poutine et Pashinyan : la première depuis les élections en Arménie

 

Le 1er septembre, une rencontre entre le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et le président russe Vladimir Poutine a enfin eu lieu à Bichkek. Cette rencontre revêtait une importance particulière, car il s’agissait de la première rencontre entre les deux parties depuis les élections qui se sont tenues en Arménie. Il convient de noter que les deux dirigeants ont convenu de se revoir prochainement, le Premier ministre arménien se rendant cette fois-ci à Moscou.

 

La partie publique de la réunion a clairement montré que l’une des questions les plus controversées dans les relations entre l’Arménie et la Russie reste la loi adoptée par l’Arménie concernant son adhésion à l’Union européenne. Il est évident que la Russie souhaite que l’Arménie prenne une décision définitive quant à l’orientation de sa politique étrangère et semble adopter une position très ferme et de principe sur cette question.

Le problème est que Moscou souhaite également obtenir une déclaration sans équivoque quant à savoir si l’Arménie a l’intention d’adhérer à l’UE, alors que l’Arménie affirme qu’un tel projet n’existe pas à l’heure actuelle. On ne peut exclure que la question de son absence totale de l’ordre du jour actuel soit abordée à huis clos. Publiquement, toutefois, la Russie semble vouloir entendre précisément cette clarification de la part de l’Arménie.

Par ailleurs, lors de sa conférence de presse tenue plus tard dans la journée, le président russe a déclaré que si l’Arménie n’avait plus besoin de la présence de la base militaire russe sur son territoire, la Russie pourrait la retirer. Il est intéressant de noter que cette question n’a pas fait l’objet d’un débat public particulièrement approfondi en Arménie. Cependant, par cette déclaration, Poutine a semblé suggérer que les relations arméno-russes devaient être considérées comme un tout. En d’autres termes, une décision de l’Arménie de quitter l’Union économique eurasienne (UEE) pourrait également signifier le retrait de la base militaire russe et, plus largement, un gel des relations arméno-russes, comme cela s’est produit dans le cas de la Géorgie il y a plusieurs années.

L’Arménie a l’intention de rester au sein de l’UEE

Il apparaît également clairement que les autorités arméniennes ne souhaitent pas se retirer de l’UEE. Au cours de la rencontre, le Premier ministre arménien a rappelé au président russe qu’avant de quitter l’organisation, un État membre doit notifier son intention aux autres membres six mois à l’avance, et qu’il n’existe aucun mécanisme permettant d’expulser un pays de l’organisation. En d’autres termes, l’Arménie fait savoir qu’elle a l’intention de rester au sein de l’UEE et qu’il n’existe aucun mécanisme permettant de l’en exclure de force.

Dans le même temps, l’Arménie ne souhaite ni détériorer ses relations avec l’UE ni abroger la loi lançant le processus d’adhésion à l’UE, car cela placerait les autorités arméniennes dans une situation délicate tant sur le plan de la politique intérieure que de la politique étrangère. En conséquence, une situation tendue se développe autour de l’Arménie. D’un côté, la Russie exerce des pressions et exige que l’Arménie organise un référendum ; de l’autre, l’UE a ses propres priorités et partage globalement la position des autorités arméniennes sur différentes questions.

L’idée d’organiser un référendum a très probablement pris de l’ampleur parce que l’Arménie s’est engagée à tenir un référendum constitutionnel, conformément aux exigences de l’Azerbaïdjan, afin de supprimer les dispositions que l’Azerbaïdjan et la Turquie jugent problématiques. La Russie, quant à elle, semble estimer que la question de l’adhésion à l’UE par opposition à celle à l’UEE pourrait également être soumise au vote dans le cadre de ce même référendum. Cela place bien sûr l’Arménie dans une position encore plus délicate. Si la question en arrive au stade de l’organisation d’un référendum, la Russie cherchera probablement à s’assurer que ce même scrutin apporte également une réponse claire à la question de savoir si l’Arménie a l’intention de poursuivre son adhésion à l’UE ou à l’UEE. Cela compliquerait considérablement tant le processus politique que l’organisation d’un tel référendum.

Quant à la rencontre entre les dirigeants arméniens et russes elle-même, son déroulement a clairement montré que les autorités arméniennes ont fait, et continueront de faire, tout leur possible pour éviter la tenue d’un référendum sur l’adhésion à l’UE ou sur le retrait de l’Arménie de l’UEE. En d’autres termes, l’Arménie ne souhaite prendre aucune mesure qui irait à l’encontre des intérêts de l’UEE ou de la Russie, tout en cherchant à répondre aux attentes de l’UE.

En conséquence, l’Arménie se retrouve dans une situation de plus en plus difficile. La politique traditionnelle consistant à jouer sur l’équilibre entre des superpuissances rivales ne fonctionne plus pour un pays comme l’Arménie, et Erevan ne peut plus manœuvrer efficacement entre l’UE et la Russie, compte tenu du niveau d’hostilité sans précédent qui règne entre ces deux pôles. Par conséquent, la pression exercée sur Erevan ne devrait pas diminuer ; au contraire, elle devrait s’intensifier, d’autant plus que l’Arménie s’apprête à organiser, dans un avenir proche, le référendum constitutionnel exigé par l’Azerbaïdjan.

Source :

Putin–Pashinyan Meeting: The First Since Armenia’s Elections

Traduit de l’anglais par Jean Dorian