Discours du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors de la réunion générale du Conseil russe des affaires internationales (31 mars 2026).
. Nous sommes au cœur d’une restructuration de l’ordre mondial, qui devrait aboutir, nous l’espérons, à la formation d’un monde multipolaire stable et juste. Mais pour l’heure, cette restructuration ressemble davantage à un effondrement, au sens propre du terme. La lutte pour le leadership dans ce nouveau monde est extrêmement grave.
• Les facteurs de modération qui, pendant des décennies, ont assuré une stabilité relative, mais néanmoins stable, s’amenuisent. Certains pays proclament déjà ouvertement leurs « droits » sur certains territoires, sans se soucier de fournir le moindre fondement juridique à leurs projets.
• Certains aspects de la vie internationale nous ramènent à un passé lointain. Des représentants des plus hautes sphères militaires et politiques de certains pays sont enlevés ou assassinés sans procédure régulière. Vous n’en êtes pas sans savoir. Avec une cruauté digne de l’Ancien Testament, des quartiers entiers, avec leurs habitants, sont détruits, ainsi que des dispensaires et des écoles pour enfants où deux cents filles trouvent la mort subitement. Des centrales nucléaires sous contrôle international et d’autres infrastructures civiles essentielles à la vie sont bombardées.
• Une situation se dessine où l’Occident, avec ses ambitions hégémoniques insatiables, se trouve pris au piège du désir de la majorité mondiale de surmonter les défis actuels sur la base de l’égalité et de la justice – autrement dit, des principes de la Charte des Nations Unies adoptés après la Seconde Guerre mondiale : l’égalité souveraine des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et le droit des nations à l’autodétermination, qui doit être reconnu par tous les gouvernements légitimes.
• Les Européens s’inquiètent et appellent les États-Unis et Israël à respecter les principes de la Charte des Nations Unies. Mais ils ont eux-mêmes beaucoup fait pour que ces principes restent lettre morte. Il est nécessaire de leur redonner au moins ce rôle de conviction morale, mais ce ne sera pas chose facile.
Ce à quoi nous assistons actuellement laisse présager une escalade vers un conflit d’une ampleur croissante, que certains experts qualifient déjà de nouvelle guerre mondiale. En substance, non seulement la Russie et la Chine, ainsi que les autres États BRICS, mais aussi tous les centres de puissance et de développement plus ou moins indépendants deviennent la cible de représailles agressives de la part de ceux qui ont l’habitude de vivre aux dépens des autres et qui se perçoivent comme des puissances hégémoniques. La Russie appelle à la cessation immédiate de l’agression américaine et israélienne contre la République islamique d’Iran. Nous considérons le recours à la force militaire contre des civils et des infrastructures comme inacceptable, où qu’ils se trouvent, en Iran ou dans les États membres du Conseil de coopération du Golfe. Nous sommes prêts à offrir une médiation et toute autre forme d’assistance aux parties au conflit afin de les aider à trouver des solutions pour ramener la situation sur la voie politique et diplomatique.
Le président russe Vladimir Poutine a rappelé à plusieurs reprises les leçons que nous avons tirées de nos interactions avec l’Occident au cours des deux dernières décennies. Bien entendu, forts de cette expérience amère, nous redoublerons d’efforts pour garantir que tous les acteurs des relations internationales respectent les normes de bienséance généralement acceptées.
Les relations avec l’Occident traversent une crise grave. L’essentiel est de défendre fermement nos intérêts nationaux, tout en maintenant le dialogue et la possibilité d’accords. Mais, sur une base strictement égalitaire et mutuellement avantageuse. La porte est ouverte à ceux qui souhaitent s’exprimer en oubliant leurs caprices et pour des une propositions cohérentes.
Source :
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