Par Etgar Lefkovits
TEL-AVIV (JSN.org) — Un vote crucial du Parlement israélien visant à reconnaître comme génocide les violences commises par l’Empire ottoman à l’encontre des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale a été suspendu, a déclaré dimanche 12 juillet un responsable israélien.
Cette décision intervient à un moment diplomatique délicat, alors que la région est confrontée à de nouvelles turbulences suite à la rupture du cessez-le-feu avec l’Iran en raison de ses attaques persistantes dans le Golfe. Elle fait également suite au sommet de l’OTAN qui s’est tenu en Turquie la semaine dernière, au cours duquel Ankara a fait pression sur le président américain Donald Trump pour qu’il lui vende des avions de combat américains F-35.
Le Conseil des ministres israélien avait approuvé à l’unanimité, le mois dernier, une proposition visant à qualifier ces violences de génocide, dans un contexte de détérioration rapide des relations avec la Turquie en raison des propos incendiaires d’Erdogan à l’encontre d’Israël, et un vote était prévu au Parlement israélien pour entériner définitivement cette décision.
Le responsable israélien a déclaré à JNS le 12 juillet que le vote avait été suspendu.
La Knesset doit entrer en vacances d’été à la fin de la semaine et ne siégera plus jusqu’aux élections nationales du 27 octobre.
Un porte-parole du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, qui a présenté cette proposition au Conseil des ministres le mois dernier, n’a pas répondu dimanche aux appels ni aux messages lui demandant de s’exprimer à ce sujet.
Par le passé, Israël s’était abstenu de qualifier officiellement de « génocide » ces violences vieilles d’un siècle, mais, alors que ses relations avec la Turquie sont en chute libre, le pays a décidé d’aller de l’avant avec cette mesure au sein du Conseil des ministres.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié les violences commises à l’encontre des Arméniens de génocide, mais jusqu’à présent, aucun vote officiel n’avait jamais eu lieu sur cette question.
La Turquie, qui figure parmi les plus fervents détracteurs d’Israël au niveau mondial concernant la guerre à Gaza, a qualifié la décision du gouvernement israélien de « motivée par des considérations politiques ».
La décision de suspendre le vote parlementaire pourrait être considérée comme s’inscrivant dans le cadre d’un effort international visant à apaiser les tensions entre les deux pays dans un contexte de troubles régionaux.
Le mois dernier, l’Azerbaïdjan a condamné la reconnaissance prononcée par le Conseil des ministres israélien et a exhorté le gouvernement à revenir sur cette décision.
Ce pays musulman chiite laïc entretient des liens historiques tant avec la Turquie qu’avec Israël et s’efforce depuis longtemps de jouer le rôle d’interlocuteur entre ses deux alliés.
La position de l’Azerbaïdjan revêt une importance particulière et est un sujet sensible pour Israël, car Jérusalem et Bakou ont depuis longtemps noué une relation stratégique fondée sur une affinité séculaire entre les deux nations, qui s’est transformée en un partenariat solide dans les domaines de la sécurité et de l’énergie.
Il y a trois ans, l’Azerbaïdjan est entré dans l’histoire en devenant le premier pays musulman chiite à ouvrir une ambassade en Israël, bravant les menaces de violence de l’Iran, et a maintenu son alliance indéfectible avec Israël tout au long de cette période de guerres régionales.
« Ligne rouge »
Le site d’information azerbaïdjanais news.az, citant le site d’information israélien Ynet, a rapporté que Bakou considérait la décision de reconnaître officiellement le génocide arménien comme franchissant « une ligne rouge » et a averti que cela pourrait nuire gravement aux relations entre l’Azerbaïdjan et Israël, rapporte News.Az, citant Vestnik Kavkaza.
Selon un article publié sur news.az, l’Azerbaïdjan s’est indigné non seulement de la décision du gouvernement israélien d’entamer le processus de reconnaissance, mais aussi de la manière dont celle-ci a été gérée sur le plan diplomatique. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, n’aurait contacté son homologue azerbaïdjanais, Jeyhun Bayramov, qu’après l’annonce publique de cette décision, mettant ainsi Bakou devant le fait accompli au lieu de le consulter au préalable.
Selon le rapport, à la suite des protestations du ministère des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan et d’autres responsables, cette initiative a été abandonnée avant d’être soumise au Parlement.
Lors de ses échanges avec des responsables israéliens, l’Azerbaïdjan a souligné que la reconnaissance officielle des événements de 1915 comme « génocide arménien » porterait directement atteinte aux relations entre les deux pays, indique le rapport.
La position azerbaïdjanaise aurait été soutenue par plusieurs analystes politiques et journalistes israéliens, qui se sont opposés à un affaiblissement des relations entre Israël et l’Azerbaïdjan. Le journal israélien Haaretz, citant des sources diplomatiques anonymes, a rapporté que l’initiative du gouvernement n’apportait « absolument aucun avantage » à Israël.


