L’Arménie fait un pied de nez au Kremlin

par | 13 Mai 2026 | Tribunes libres

L’Arménie fait un pied de nez au Kremlin alors qu’elle bénéficie d’un soutien sans faille de l’UE

 

Par « The Armenian Mirror-Spectator »

 

Si une photo pouvait servir de déclaration d’indépendance, celle du Premier ministre arménien Nikol Pashinyan en train de saluer le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, prise lors du sommet de la Communauté politique européenne qui vient de s’achever, pourrait en être le prototype.

Pendant une grande partie de l’ère post-soviétique, l’Arménie a été, dans les faits, un protectorat russe. Les liens étroits qui unissaient les deux États ont commencé à se distendre après que la Russie eut manqué à ses obligations conventionnelles de venir en aide à l’Arménie lors de la deuxième guerre du Haut-Karabakh, qui s’est soldée en 2023 par une défaite catastrophique pour Erevan.

La poignée de main chaleureuse échangée entre Pashinyan et Zelenskyy, associée au fait qu’ils se soient entretenus en anglais, a clairement montré la volonté d’Erevan de rompre définitivement avec le Kremlin et de s’engager pleinement dans un avenir aux côtés de l’Union européenne.

« Il y a huit ans, ce pays [l’Arménie] était considéré par de nombreux pays autour de la table comme une sorte de satellite de facto de la Russie », a déclaré le président français Emmanuel Macron lors du sommet, selon la chaîne Euronews, financée par l’UE. Il a ensuite félicité Pashinyan d’avoir « réduit la dépendance de ce pays [l’Arménie] vis-à-vis de la Russie ».

Zelensky, la bête noire du Kremlin, a lancé une pique à la Russie en déclarant que l’Arménie et l’Ukraine allaient renforcer leurs relations économiques. « J’ai proposé de relancer les travaux de la Commission intergouvernementale mixte sur la coopération économique et d’organiser sa prochaine réunion cette année à Kiev », a écrit le président ukrainien sur les réseaux sociaux.

Les dirigeants russes ont réagi comme on pouvait s’y attendre. Un sénateur russe de premier plan, Konstantin Kosachev, a fustigé ce qu’il a qualifié, dans un message publié sur Telegram, de « trahison » de l’Arménie. Il a ensuite accusé l’Occident de mener une stratégie à long terme, remontant à plus d’une décennie et antérieure à l’arrivée au pouvoir de Pashinyan, visant à détacher l’Arménie de la Russie.

« Les instructions […] sont désormais mises en œuvre sans ménagement — avec cynisme, hypocrisie et sans la moindre honte. Il n’y a pas le moindre soupçon de souveraineté dans l’air », a écrit Kosachev. « C’est une leçon cruciale pour la Russie — une leçon née d’erreurs amères. Nous en tirerons les enseignements. Il n’est jamais trop tard pour le faire, aussi difficile que cela puisse être à avaler pour l’instant, au lendemain de cette trahison. »

Peu après le début du sommet d’Erevan et la rencontre entre Pashinyan et Zelenskyy, de grands détaillants en ligne russes, dont Ozon, ont annoncé qu’ils cesseraient de proposer des produits d’origine arménienne sur leurs plateformes.

Par ailleurs, les médias russes ont qualifié le rassemblement d’Erevan, qui a réuni près de 50 dirigeants de toute l’Europe ainsi que des hauts responsables de l’Union européenne, de « sommet anti-russe ». Un média russe a souligné que le fait que le sommet se soit tenu à Erevan cette année « démontre les tentatives de l’Europe et des États-Unis d’étendre leur influence dans la région du Caucase ».

Un sommet UE-Arménie, organisé le 4 mai dans le cadre de ce rassemblement paneuropéen plus large, a apporté un soutien sans réserve aux efforts de Pashinyan pour orienter le pays vers l’Occident.

« Ce premier sommet UE-Arménie élève notre partenariat à un niveau supérieur et définit une orientation et un programme clairs pour les années à venir », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans un communiqué. « À l’avenir, nous approfondirons également le dialogue politique, renforcerons les liens économiques et œuvrerons à un avenir plus sûr, plus prospère et plus stable. Notre coopération repose sur des valeurs communes, une vision partagée pour le Caucase du Sud et le respect total des choix souverains. »

L’UE a annoncé la mise en place d’une mission de partenariat en Arménie afin de renforcer la sécurité et la « résilience » du pays. Les deux parties ont également créé un partenariat UE-Arménie pour la connectivité, que le communiqué de l’UE a salué comme « une avancée majeure dans le renforcement des liaisons dans les domaines des transports, de l’énergie et du numérique ».

Le moment choisi par l’UE pour apporter un nouveau soutien à la ligne politique et économique du gouvernement arménien revêt une importance cruciale pour Pashinyan, alors qu’il est engagé dans une rude bataille électorale face à un ensemble de forces d’opposition soutenues par la Russie. Il compte sur le soutien de l’UE pour renforcer ses chances électorales. Le pays tiendra des élections législatives le 7 juin. Les dirigeants de l’opposition se sont ouvertement et vigoureusement opposés à la ligne pro-européenne de Pashinyan.
Outre son soutien aux efforts de l’Arménie visant à réduire l’influence russe, l’Union européenne a, dans un communiqué, « réitéré sa position de principe concernant la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, et réaffirmé son soutien à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues ».

 

(Cet article a été initialement publié par www.eurasianet.org le 6 mai.)
Source :

Armenia Thumbs Nose at Kremlin as it Receives Strong EU Endorsement

Traduit de l’anglais par Jean Dorian